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« Apportez tous vos soins à joindre à votre foi la vertu, à la vertu la connaissance, à la connaissance la maîtrise de soi, à la maîtrise de soi la patience, à la patience l’ardeur. » (2 P 1,5-6)

Tout d’abord la foi, car sans elle rien ne peut se faire ; puis, ou plutôt avec la foi, la force d’âme car si la foi est vivante, elle porte des fruits.

Joignez-y la connaissance, car c’est une exigence de votre profession. (…)

Travaillez avec empressement à acquérir cet esprit de foi, en y apportant toute votre énergie : lui seul peut donner la sérénité à votre action, le sérieux à votre vie, le sens du respect, de la parole et de la pensée juste. Et c’est justement par cela qu’il faut vous distinguer. (…)

À la force d’âme, joignez la connaissance (…). Nul ne devrait vous surpasser en ce domaine, ni vous égaler dans l’art de rendre l’étude agréable ou de communiquer le goût de la connaissance. Dieu, sagesse infinie, en est l’auteur et nous nous rendons semblables à lui dans la mesure même où nous progressons dans la connaissance de la vérité et aidons les autres à avancer dans cette voie. (…)

Jugez-en plutôt par vous-mêmes : les personnes qui, parmi vous, enseignent le mieux, celles qui sont les plus compétentes, ne sont-elles pas également celles dont la foi est la plus vive ? Imaginez l’effet néfaste que produirait le constat contraire : les plus ignorantes, celles qui manqueraient le plus souvent leurs cours, qui étudieraient le moins et montreraient le moins de vocation pour leur métier, se diraient aussi les plus croyantes ou passeraient pour l’être, s’offusquant même de n’être pas considérées comme telles. (…)

Au risque de vous sembler exigeant, je n’hésite pas à vous le dire : si votre compétence, votre persévérance dans l’étude, la solidité de vos connaissances ne sont pas exemplaires, on pourra douter de votre dynamisme intérieur, craindre pour votre foi et nier votre attachement à l’Institution Thérésienne. (…)

À la connaissance, joignez la maîtrise de vous-mêmes. Oui, la maîtrise de vous. En effet, lorsqu’elle vient à manquer, tout se fragilise et l’exigence vient à manquer. (…)

Et à la maîtrise de vous, joignez la patience. Inutile de commenter cela, car personne ne doute de la nécessité de la patience pour un éducateur. Si l’éducation doit être telle que nous la désirons, si tout doit se faire pour Dieu et pour sa gloire, de quels trésors de patience aurons-nous besoin ! (…) Or, fréquemment, plus nos imperfections sont grandes, moins nous faisons preuve de patience et si les imperfections des autres sont nombreuses, nous ne les supportons pas, surtout s’ils nous sont socialement inférieurs. Les différences de classe, de condition, de sympathie mettent souvent la patience du maître à l’épreuve. Et il faut exercer une vigilance constante envers soi-même pour ne pas démolir par une impatience injustifiée et arbitraire tout ce que nous avons construit. Il est extrêmement difficile d’exercer patiemment l’autorité sans cette maîtrise de soi, surtout face à des jeunes qui sont par nature, légers, gais, insouciants. Et je ne parle même pas ici de la patience nécessaire pour nous éduquer nous-mêmes, et supporter nos propres défauts…

Et à la patience, joignez l’ardeur. Elle est utile pour tout (cf. 1 Tim 4,8). Comment ne le serait-elle pas dans l’exercice de votre profession ? Une ardeursolide, tranquille, aimable, grave, douce, paisible, opportune, prudente, sans ridicule ni excès, sans exagération ni rigidité, sans brusqueries ni cris. Une ardeur manifestée en temps voulu, toujours en accord avec vos actes, avec les personnes que vous rencontrez et le lieu où vous vous trouvez. Une ardeur enfin qui, si elle fruit de l’amour de Dieu, ne manquera de rien et n’aura rien d’excessif. (…)

Je termine en me réjouissant avec vous parce que, parmi toutes les bonnes choses que l’on peut voir chez les membres de l’Institution Thérésienne, la pratique d’une ardeur peu commune est l’une plus remarquables. (Considération, 1919)